Bilan du siècle | Faculté des lettres et sciences humaines | Université de Sherbrooke L'hydroélectricité, une grande richesse au 20e siècle
Geneviève St-Denis
Ce document a été généré dynamiquement par le Bilan du siècle.
Université de Sherbrooke - 2004-04-27 ImagesLe poste hydroélectrique «Electric Light Station» sur la rivière Magog à Sherbrooke


© Musée McCord
Travaux à la centrale de Beauharnois au cours des années 30


© nd
Le barrage de Manic 5 en construction, près de Baie-Comeau sur la Côte-Nord


© Société historique de la Côte-Nord
Barrage d'Hydro-Québec à Carillon


© Office du film du Québec
Centrale hydro-électrique de Rivière-des-Prairies


© Office du film du Québec
Vue aérienne de la centrale La Grande-1


© Hydro Québec.
Vue aérienne de la centrale La Grande-3 (LG3)


© Hydro Québec.
Vue aérienne de la centrale Bersimis-2


© Hydro Québec.
Vue aérienne de la centrale de Bersimis-I


© Hydro Québec
Vue aérienne de la centrale La Grande-4 (LG4)


© Hydro Québec.
Événements1910 - Compromis entre les deux principaux producteurs d'électricité du Québec 
Une entente survient entre la Shawinigan Water and Power (SWP), le plus grand producteur d'électricité au Québec, et la Montreal Light, Heat and Power (MHLP), le principal distributeur d'énergie dans la région montréalaise. Elle permettra à la SWP de tripler la quantité d'énergie pouvant être acheminée par les réseaux de la MHLP.

Les années 1905-1909 représentent une période de forte compétition entre les deux entreprises rivales. Cependant, 1909 marque le début d'une nouvelle relation alors qu'une entente formelle intervient entre les protagonistes. Elle influencera la structure future du marché et jettera les bases d'une période de régulation dans le domaine de l'énergie. L'événement qui marque concrètement cette entente est le déménagement des bureaux de la SWP dans l'édifice de la MLHP en 1909. Le compromis survenu en 1910 permet pour sa part de tripler la quantité d'énergie pouvant être acheminée dans les réseaux de la MHLP, ce qui rend nécessaire la construction d'une ligne de transmission majeure par la SWP. Les termes de l'arrangement assurent à la SWP un marché important à Montréal, tandis que la MLHP y gagne la sauvegarde de son indépendance et la reception d'une quantité suffisante d'énergie pour assurer son bon fonctionnement. [détails]
24 février 1926 - Adoption par l'Assemblée législative de la Loi sur l'exportation de l'électricité 
Le gouvernement provincial adopte le projet de loi Taschereau, du nom du premier ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau, prohibant l'exportation hors du Canada de l'énergie électrique produite dans la province de Québec.

La nouvelle loi prévoit que «Toute vente, tout bail, toute concession quelconque des forces hydrauliques, appartenant à la province de Québec (...) doit contenir une clause prohibant l'exportation en dehors du Canada (...) L'installation sur les domaines de la Couronne de lignes de transmission doit contenir une pareille clause prohibitive.» [détails]
5 novembre 1934 - Ouverture des audiences de la Commission d'enquête sur les «trusts» au Québec 
De multiples protestations à l'endroit des compagnies d'électricité incitent le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau à instaurer une commission d'enquête. Elle est composée d'Ernest Lapointe à la présidence, d'Augustin Frigon et de George MacDonald. L'objectif de la commission est d'étudier les cinqs points suivants: «1. Étatisation. 2. Municipalisation. 3. Effets de la municipalisation des grands centres sur les régions rurales de la province. 4. Examen des taux actuels de l'électricité en vue de la possibilité de les réduire. 5. Diffusion de l'électrification dans les municipalités rurales.»

Au Québec, comme à plusieurs endroits en Amérique, les citoyens manifestent fréquemment leur mécontentement contre les tarifs des compagnies de gaz et d'électricité. Les fusions de compagnies qui surviennent au cours des années 20 contribuent à alimenter ces critiques. La première cible de ces attaques est la Montreal, Heath, Light and Power qui, malgré ses profits élevés, n'abaisse que parcimonieusement ses tarifs. La campagne antitrust prend une telle ampleur que les compagnies commencent à diffuser de l'information pour dénoncer une possible nationalisation de l'électricité. Des journaux comme le «Montreal Herald» vont même à leur rescousse en publiant une série d'articles sur le sujet. L'affaire prend une nouvelle tournure en 1929 lorsqu'un dentiste de profession, Philippe Hamel , décide d'approfondir la question pour démontrer que «les grandes compagnies d'électricité s'épaulent mutuellement et que les mêmes intérêts dominent une large part du domaine de l'électricité.» Hamel démontre que les tarifs sont trop élevés et conclut que la population est exploitée. Au même moment, Ernest Robitaille, qui publie une série d'articles dans «Le Devoir», arrive aux mêmes conclusions à l'aide des rapports annuels des compagnies. Le mouvement prenant de l'ampleur, le gouvernement crée, en 1934, une commission d'enquête pour étudier le sujet : la Commission Lapointe (du nom d'Ernest Lapointe , un influent député libéral à la Chambre des communes). Celle-ci doit remettre un rapport dans les six mois suivants et aborder des sujets comme la nationalisation possible des compagnies et la municipalisation des réseaux urbains d'électricité. Dans son rapport, qui est rendu public en 1935, la commission conclura que la monopolisation de la distribution de l'électricité dans une région est une nécessité économique et qu'il y a eu dans ce domaine des cas de surcapitalisation et de subdivision du capital/action qui se sont faits sur le dos des consommateurs. Le gouvernement donnera suite au rapport en créant la Commission de l'électricité. [détails]
24 janvier 1935 - Présentation par Honoré Mercier de la loi créant la Commission d'électricité de la province de Québec 
Cette loi applique les recommandations de la Commision d'enquête sur l'électricité (Commission Lapointe). L'organisme qu'elle crée a tous les pouvoirs sauf «le droit de veto quant à l'émission de débentures et d'actions de la part de la compagnie.»

Mercier, le fils de l'ex-premier ministre du Québec du même nom, est à ce moment ministre des Terres et Forêts. C'est Augustin Frigon qui sera le président de la nouvelle commission qui, dès sa première année, intervient à différents niveaux (autorisation pour émettre des actions, baisse de tarifs, etc.) auprès des entreprises qui produisent et distribuent l'électricité. [détails]
14 avril 1944 - Adoption de la Loi 17 permettant la création de la Commission hydroélectrique de Québec 
Avec le passage de la Loi 17, le gouvernement libéral dirigé par Adélard Godbout met sur pied la Commission hydroélectrique de Québec, ou Hydro-Québec, une société d'État dont le mandat consiste à «fournir l'énergie aux municipalités, aux entreprises industrielles ou commerciales et aux citoyens de cette province aux taux les plus bas compatibles avec une saine administration financière.» 

La création de l'Hydro-Québec et l'annonce de l'étatisation de la Montreal Light, Heat and Power Co., le 14 avril 1944, font suite à plusieurs années de débats et de revendications, l'Ontario ayant déjà procédé à la mise sur pied d'une société semblable depuis fort longtemps. Bien qu'il subsiste encore plusieurs entreprises privées qui font la vente de l'électricité au Québec, la loi donne à Hydro-Québec la possibilité d'acheter «la totalité ou partie des actions ou autres valeurs de toute compagnie détenant des forces hydrauliques ou ayant le droit de faire commerce d'énergie». Cette disposition sera utlisée en 1962 par le gouvernement libéral de Jean Lesage. Le premier président de la nouvelle société est Télesphore-Damien Bouchard, un conseiller législatif d'allégeance libérale qui ne restera en fonction que deux mois et demi. [détails]
24 mai 1945 - Entrée en vigueur de la Loi de l'électrification rurale 
Le gouvernement unioniste de Maurice Duplessis établit un fonds de 12 millions de dollars afin de favoriser la création et le développement de coopératives d'électricité. L'application de la loi est confiée à l'Office de l'électrification rurale.

Entre 1945 et 1955, le nombre de fermes qui bénéficient d'un service d'électricité passera de 19 à 90 %. Cette législation du gouvernement unioniste restera longtemps gravée dans la mémoire des agriculteurs québécois. Un de ceux là, Roger Litalien, dira à ce sujet : «Duplessis, c'était un bon homme. C'était un homme d'ouverture. C'est lui qui a fait du chemin, du moins en Gaspésie, ça facilitait les déplacements des colons pour se rendre chez eux. C'est lui qui a posé l'électricité partout. L'électricité a amélioré la vie, on voyait clair. On avait le poêle, la laveuse, la machine à coudre électrique...» [détails]
21 juillet 1945 - Création du ministère des Ressources hydrauliques 
Un an après la création d'Hydro-Québec, le gouvernement unioniste de Maurice Duplessis innove en créant le ministère des Ressources hydrauliques.

Le premier ministre des Ressources hydrauliques est le député de Sherbrooke, Johnny Bourque. Il demeurera en poste jusqu'en 1958. [détails]
1946 - Construction par Hydro-Québec de la centrale hydroélectrique de Beauharnois 
Hydro-Québec lance le projet d'une centrale hydroélectrique à Beauharnois en vue d'augmenter sa capacité de production. Cette initiative amorce une période de près de quinze ans pendant laquelle cette Société d'État mettra plusieurs projets en chantier pour développer son réseau.

La centrale de Beauharnois ne suffisant pas à combler les besoins d'Hydro-Québec, celle-ci se lancera dans la construction d'autres barrages à travers la province. Les premiers sites à l'étude sont ceux des Rapides de Lachine, sur le Saint-Laurent, et de Carillon, sur l'Outaouais. Ils s'avéreront cependant difficiles d'exploitation. Viendront ensuite les centrales de Bersimis puis, plus tard, celles de la Manicouagan. [détails]
28 février 1947 - Autorisation d'achat de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated par Hydro-Québec 
Le gouvernement unioniste de Maurice Duplessis autorise Hydro-Québec à faire une offre d'achat ferme de 25 $ l'action à la Montreal Light, Heat and Power Co. 

Il s'agit de la dernière étape d'un long processus entrepris en 1944 avec la création d'Hydro-Québec et la prise de possession de la Montreal, Light, Heat and Power Co. (MLHP) qui a suivi. Malgré quelques hésitations, plus de 75 % des détenteurs des 4,5 millions d'actions de la MLHP profiteront de l'offre du gouvernement. [détails]
28 décembre 1962 - Nationalisation de onze compagnies d'électricité par la Commission hydroélectrique du Québec 
Un mois après la réélection de son gouvernement, le premier ministre du Québec, Jean Lesage , annonce que la Commission hydroélectrique du Québec (Hydro-Québec) déboursera 604 millions de dollars pour nationaliser onze compagnies d'électricité.

Les compagnies impliquées dans la transaction sont : Shawinigan Water & Power, Quebec Power, Southern Canada Power, Saint-Maurice Power, Gatineau Power, la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent, Saguenay Power, Northern Quebec Power, la compagnie électrique de Mont-Laurier, la compagnie électrique de Ferme-Neuve et la La Sarre Power. Le même jour, le premier ministre Lesage annonce les offres qui seront faites aux détenteurs d'actions ordinaires des compagnies. Ces acquisitions, qui deviendront officielles le 1er mai 1963, feront de l'Hydro-Québec une des plus importantes entreprises québécoises et un acteur majeur dans le développement de l'énergie au Québec. [détails]
23 avril 1963 - Acceptation de l'offre de l'Hydro-Québec par les actionnaires des compagnies d'électricité 
Le premier ministre Jean Lesage annonce que 90 % des actionnaires de sept compagnies d'électricité nationalisées ont accepté l'offre formulée le 22 février pour l'achat de leur actions.

Cete annonce marque une étape décisive dans la prise de possession des sociétés d'électricité nationalisées. Le 1er mai, elles passent aux mains de la Commission hydroélectrique de Québec (Hydro-Québec) dont le nombre d'employés augmente de 10 000 à 15 000. [détails]
29 novembre 1965 - Inauguration de la plus puissante ligne de haute tension au monde 
Le premier ministre du Québec, Jean Lesage , inaugure la plus puissante ligne de haute tension au monde à la Manicouagan.

Lors de cette cérémonie, Lesage est entouré de plusieurs personnalités dont le président d'Hydro-Québec, Jean-Claude Lessard, et le ministre des Richesses naturelles, René Lévesque. La ligne inaugurée en est une de 735 000 volts reliant Manicouagan à Montréal, une distance de 375 milles qui nécessite 1 400 pylônes dont les coûts s'élèvent à 325 millions de dollars. Celle-ci avait été mise sous tension une première fois deux mois plus tôt, le 21 septembre 1965. [détails]
Octobre 1978 - Création d'Hydro-Québec international 
Hydro-Québec international est mis sur pied dans le but d'exporter à l'étranger l'expertise d'Hydro-Québec dans le domaine de la production, du transport et de la distribution d'hydroélectricité.

C'est Guy Monty qui sera nommé au poste de président-directeur général de cette filiale d'Hydro-Québec. [détails]
7 février 2002 - Signature d'une entente entre le gouvernement du Québec et les Cris 
Les Cris et le gouvernement du Québec parviennent à signer une entente permettant la poursuite des travaux d'hydroélectricité prévus par Hydro-Québec. Le contenu de l'accord semble être à la satisfaction des deux parties.

Les Cris et le gouvernement de Bernard Landry, premier ministre du Québec, parviennent finalement à une entente de nation à nation qui respecte l'entente de principe établie auparavavant. C'est au moment où les Cris ont obtenu une injonction ordonnant l'arrêt des travaux en cours que le gouvernement du Québec avait accepté de négocier. En fait, l'entente répare certaines lacunes de la Convention de la baie James et du Nord québécois. Par cette nouvelle entente, les Cris s'engagent à abandonner leurs poursuites pour dommages à la forêt, totalisant environ 800 millions de dollars, ainsi qu'à arrêter les campagnes internationales qui ont contribué à ternir l'image du Québec à l'étranger. En contrepartie, le gouvernement du Québec promet de verser 3,5 milliards sur 50 ans aux 13 000 Cris. Cette entente prévoit que Hydro-Québec pourra détourner la rivière Rupert vers la rivière Eastmain, ce qui devrait augmenter la capacité hydro-électrique de 15 %. Cette entente met fin à des décennies de frictions et pourrait être le début d'une nouvelle ère dans les relations entre ces deux parties. Selon le journaliste du «Devoir» : «En acceptant la «paix des braves», les Cris indiquent qu'ils sont prêts à remiser certains réflexes et certains discours revendicateurs qui, au bout du compte, ne garantissaient nullement leur affranchissement social et économique.» Quelques semaines plus tard, les deux parties signeront une autre importante entente de partenariat dans le secteur du développement économique et communautaire d'une somme de plus de 800 millions qui sera répartie sur 25 ans. Elles acceptent aussi «de partager les bénéfices de projets de développement des ressources naturelles du territoire inuit, notamment hydroélectriques». Durant cette même période, une autre percée se fait avec les Innus, alors que ces derniers voient leurs droits ancestraux reconnus par un traité signé avec les gouvernements fédéral et provincial. [détails]
26 novembre 2002 - Annonce par le premier ministre du Québec d'une nouvelle politique de l'eau 
Le premier ministre du Québec, Bernard Landry, et le ministre de l'environnement, André Boisclair, dévoilent la nouvelle politique de l'eau du gouvernement québécois. Elle comprend 57 engagements en vue d'une meilleure utilisation de l'eau au Québec. 

Cette politique prévoit entre autres un investissement de 3 milliards de dollars sur cinq ans, incluant la participation des municipalités et du gouvernement fédéral. Sa mise en oeuvre fait suite au Rapport Beauchamp présenté en mai 2000. Elle recommande une réforme des différentes politiques qui affectent l'eau, sa sauvegarde et son utilisation. En plus de proposer la mise sur pied d'un organisme pour gérer les bassins versants, cette politique vise à «relever les normes sur la présence de bactéries, de virus et de contaminants dans l'eau potable, hausser les normes de gestion du fumier, réviser la manière de produire en agriculture, restreindre l'utilisation domestique des pesticides, interdire l'exportation de l'eau potable ainsi que la privatisation des services d'eau municipaux.» Le premier ministre s'attire les applaudissement des 250 personnes réunies au Salon rouge lorsqu'il annonce qu'il met un terme au programme de production d'électricité au moyen de petites centrales privées sur des sites publics. En décembre de la même année, l'Assemblée nationale adoptera une loi créant un Fonds national de l'eau, dont l'objectif est de favoriser sa protection et sa mise en valeur. Cette politique prévoit également la mise sur pied d'un système de redevances dont devront s'acquitter les embouteilleurs et les industriels. L'argent receuilli sera déposé dans le Fonds et servira à financer les activités de protection et de mise en valeur de l'eau. Aussi, on projette d'accélérer la rénovation des infrastructures et des installations d'approvisionnement et de traitement de l'eau. Tous les Québécois seront mis à contribution par cette politique puisque l'utilisation de l'eau potable doit être réduite de 20 % d'ici dix ans. Les industriels et les agriculteurs sont particulièrement concernés. Des mesures devront être prises pour diminuer les déversements polluants et le gouvernement estime que désormais l'aide financière accordée aux agriculteurs et aux municipalités devra être conditionnelle à une bonne performance environnementale. Les agriculteurs sont en moyenne responsables de 40 % de la charge polluante des cours d'eau au Québec. Pour les cours d'eau les plus pollués, 33 comités de bassin versant seront créés. [détails]
CommentaireL’eau est une grande richesse pour le Québec. Au cours du 20e siècle, les Québécois ont appris à exploiter cette ressource naturelle. L’hydroélectricité est devenue une source de revenus de grande importance pour les entreprises privées et l’État. Des moments marquants ont permis de consolider les ressources hydroélectriques, il en sera question dans ce commentaire. Nous traiterons également de l’arrivée de l’électricité dans les fermes et les ménages québécois. Il sera aussi intéressant de voir l’impact de la nationalisation de l’électricité sur les prix. L’hydroélectricité est vite devenue un produit exportable, cet aspect sera également abordé. 


Au début du siècle, des compagnies privées se chargent de produire l’électricité au Québec. Quelques entreprises se livrent une compétition féroce. C’est le cas de la Shawinigan Water and Power, la plus grande productrice d’électricité au Québec, et de la Montreal Light, Heat and Power, la principale distributrice d’énergie à Montréal. Dès 1910, le marché évolue. Une entente est conclue entre les deux compagnies. Les structures sont modifiées, ce qui permettra à ces entreprises de produire plus d’énergie. Plusieurs compagnies se fusionneront au cours des années 20. En 1926, le gouvernement provincial se prononce sur la gestion des ressources hydroélectriques. Le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau interdit par une loi l’exportation hors du Canada de l’énergie électrique produite au Québec. Au fil des ans, l’idée de nationaliser l’électricité fait surface puisque de plus en plus de gens expriment leur mécontentement face aux compagnie privées. Les tarifs d’électricité élevés ne font pas l’affaire des citoyens. Le gouvernement Taschereau crée donc une commission d’enquête sur l’électricité en 1934 pour étudier la question. La nouvelle Commission d’électricité de la province de Québec voit donc le jour en 1935. Elle a le pouvoir d’intervenir auprès des compagnies notamment en ce qui a trait aux tarifs. La création d’Hydro-Québec par le gouvernement d’Adélard Godbout le 14 avril 1944 marque un tournant important dans la consolidation des ressources hydroélectriques au Québec. Cette société d’État a le pouvoir d’acheter les compagnies qui font le commerce de l’énergie. L’entrée en vigueur de la Loi sur l’électrification rurale le 24 mai 1945 est aussi un moment historique très marquant. L’électricité est maintenant accessible pour la majeure partie de la population en milieu rural. L’exploitation de l’énergie prend de plus en plus d’importance pour l’État. À preuve, Maurice Duplessis crée le ministère des Ressources hydrauliques en 1945. Le développement du réseau électrique s’amorce de façon plus intensive dès 1946 avec la construction de la centrale hydroélectrique de Beauharnois. Plusieurs autres barrages seront aménagés au cours des années qui suivront, ce qui donnera vie aux centrales de Bersimis et Manicouagan, entre autres. En 1947, une autre étape vers la nationalisation de l’électricité est franchie. Hydro-Québec se porte acquéreur de la Montreal Light, Heat and Power. Puis, le 28 décembre 1962, le gouvernement de Jean Lesage nationalise 11 compagnies d’électricité, un investissement de 604 millions de dollars. Hydro-Québec est maintenant un acteur majeur dans le développement de l’hydroélectricité. Le Québec se démarque de plus en plus au niveau de la production d’électricité. En 1965, le gouvernement inaugurera la ligne de haute tension la plus puissante au monde à la Manicouagan. L’État décide d’exporter son expertise dans le domaine de l’électricité en 1978 avec la création d’Hydro-Québec International. Tel que mentionné par l’historien Marc Vallières dans l’émission Bilan du siècle, le Québec a fait un très bon pari en misant sur les ressources hydroélectriques. Le Québec pourra au fil des ans développer des entreprises qui ne peuvent exister dans d’autres pays puisque l’énergie hydroélectrique est essentielle à la production. L’aluminium est un exemple de secteur qui occupe une place importante au Québec grâce à l’hydroélectricité. L’eau est sans aucun doute une très grande richesse qui doit être protégée au Québec. Le gouvernement péquiste dévoilera d’ailleurs, le 26 novembre 2002, la nouvelle politique de l’eau qui vise à sauvegarder cette ressource. La production d’électricité évolue. Par exemple, les petites centrales privées sur des sites publics ne seront plus utilisées à cette fin. 

Tel que souligné précédemment, le milieu rural a longtemps été privé d’électricité au Québec. C’est l’adoption de la Loi sur l’électrification rurale le 24 mai 1945 qui changera le mode de vie des agriculteurs. De 1945 à 1955, le pourcentage de fermes qui ont l’électricité passe de 19 à 90%. Nous pouvons donc affirmer que ce service est accessible dans une majorité de fermes en 1955. 

En ce qui concerne l’acquisition d’électroménagers, le Québec est en avance par rapport au reste du Canada au début des années 70. En 1972, 44% des ménages québécois possèdent une sécheuse et 83,9% ont une laveuse. Au Canada, les statistiques démontrent que 39,4% des ménages ont une sécheuse à linge. 

Soulignons également que la nationalisation de l’électricité a eu un impact sur le prix de vente de l’électricité pour les ménages québécois. À partir de 1962, année de la nationalisation de onze compagnies d’électricité par Hydro-Québec, les prix sont en baisse. Cependant, dès 1967, les tarifs augmentent graduellement à chaque année sauf en 1972. Si l’on compare les variations du prix de l’électricité par rapport aux variations du taux d’inflation au pourcentage annuel de l’IPC, le prix de l’électricité semble plus avantageux. Le taux d’inflation monte de 1962 à 1964, connaît ensuite une légère baisse et augmente ensuite de 100% en 1966. Par la suite, le taux d’inflation monte et descend d’année en année, mais les variations sont beaucoup plus grandes que celle du prix de l’électricité. 

L’exportation d’électricité devient une source de revenus de plus en plus importante pour l’État au cours du 20e siècle. En 1970, le Québec produisait 74 499 170 kilowatt-heure alors qu’il en a exporté 6 429 440. L’exportation représente donc 8,63% de la production, ce qui est loin d’être exagéré. L’exportation prendra de l’ampleur au fil des ans. En 1982, par exemple, le Québec exportera plus du double, soit 17,9% de sa production. 

En conclusion, soulignons que Hydro-Québec craint maintenant de faire face à une pénurie d'électricité d'ici quelques années. Cela s'explique par le fait que la consommation d'énergie augmente de plus en plus et la construction de barrages a ralenti dans les années 90. En plus des centrales hydroélectriques, le gouvernement souhaite donc exploiter des centrales thermiques. Le projet de centrale Suroît a d'ailleurs provoqué beaucoup de mécontentement récemment. Les environnementalistes souhaitent plutôt que Québec se tourne vers le production d'énergie éolienne. Des décisions importantes devront donc être prises au cours des prochaines années qui changeront toute la gestion de l'énergie au Québec. 

 
StatistiquesProportion des ménages possédant une laveuse au QuébecProportion des ménages possédant une sécheuse au QuébecProportions des ménages canadiens possédant une sécheuse à lingeGraphiquesProportion des exportations d'électricité par rapport à la production totale au Québec Le prix de l'électricité par rapport au taux d'inflation Sources documentaires
Images
Site internet du musée McCord: (http://www.musee-mccord.qc.ca)
Paul andré Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert, François Ricard, Histoire du québec contemporain, le québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986, p.25
Pierre Frenette (dir) «Histoire de la Côte-Nord», Québec, IQRC, Presse de l’Université Laval, 1996, p.418.
Archives nationales du Québec, à Montréal Fonds E6, S7
Archives nationales du Québec, à Montréal Fonds E6, S7
Site internet d'Hydro Québec. (http://www.hydroquebec.com/production/hydroelectrique/bersimis/bersimis_1/index.html)
Site internet d'Hydro Québec. (http://www.hydroquebec.com/production/hydroelectrique/bersimis/bersimis_1/index.html)
Site internet d'Hydro Québec. (http://www.hydroquebec.com/production/hydroelectrique/bersimis/bersimis_1/index.html)
Site internet d'Hydro Québec. (http://www.hydroquebec.com/production/hydroelectrique/bersimis/bersimis_1/index.html)
Site internet d'Hydro Québec. (http://www.hydroquebec.com/production/hydroelectrique/bersimis/bersimis_1/index.html)
Chronologie
Hughes Clarence, André Bolduc et Daniel Larouche, Québec, un siècle d'électricité, Montréal, Libre Expression, 1979, 406 p.
Le Devoir, 25 février 1926, p.3.
Le Devoir, 5 novembre 1934, p.1 et 3.
Le Devoir, 24 janvier 1935, p.1.
Clarence Hogue, Daniel Larouche, André Bolduc, Québec: un siècle d'électricité, Montréal, Libre Expression, 1979, p.231-236. Assemblée législative du Québec, Hydro-Québec : débats parlementaires, loi 17 - 1944, Québec, Reconstitution des débats, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1994, p.156. 
Le Devoir, 24 mai 1945, p.14.
Bibliothèque de la Législature, Répertoire des parlementaires québécois, 1867-1978, Québec, 1980, 797 pages.
Hughes Clarence, André Bolduc et Daniel Larouche, Québec, un siècle d'électricité, Montréal, Libre Expression, 1979, p.239-259.
Clarence Hogue, André Bolduc et Daniel Larouche, Québec : un siècle d'électricité, Montréal, Libre Expression, 1979, p.106-129.
Clarence Hogue, André Bolduc et Daniel Larouche, Québec : un siècle d'électricité, Montréal, Libre Expression, 1979, p.239-285.
Clarence Hogue, André Bolduc et Daniel Larouche, Québec : un siècle d'électricité, Montréal, Libre Expression, 1979, p.260-285.
Clarence Hogue et al., Québec, un siècle d'électricité, Montréal, Libre expression, 1979, p.299-331. 
Profils d'entreprises québécoises, Longueil, Éd. Biographiques Canadiennes-françaises, Ltée., 1986, p.137.
Le Devoir, 9 février 2002, p.B10.
La Presse, 27 novembre 2002, p.A5, 27 novembre 2002, p. A5 
Statistiques
Simon Langlois et al., La société québécoise en tendances 1960-1990, Institut de recherche sur la culture, 1990, tableau 7, p. 464. Statistique Canada, l'équipement ménager, 64-202, 1990, t. 2. 1991 , t. 2. 1992, t. 2. 1993, t.2. 1994, t. 2.1995, t. 2., 1996, t. 2. Institut de la statistique: www.stat.gouv.qc.ca/donstat...tions/logement/conditions/log5.htm, 06-03-01. 
Simon Langlois et al., La société québécoise en tendances 1960-1990, Institut de recherche sur la culture, 1990, tableau 7, p. 464. Statistique Canada, l'équipement ménager, 64-202, 1990, t. 2. 1991 , t. 2. 1992, t. 2. 1993, t.2. 1994, t. 2.1995, t. 2., 1996, t. 2. Institut de la statistique: www.stat.gouv.qc.ca/donstat...tions/logement/conditions/log5.htm, 06-03-01. 
Statistique Canada, «Enquête sur l'équipement ménager» (13-218) et calculs du BSQ, Dans Bureau de la Statistique du Québec, «Les conditions de vie au Québec: un portrait statistique.», Les publications du Québec, Québec, 1996, p. 175.
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